Fugue et errance liés à Alzheimer : que faire si un proche disparaît ?

Aider un proche atteint d'Alzheimer  |  11 min de lecture
Lionel Nivet
Aidante familiale appelant les secours devant une maison, avec un chemin vide menant vers un parc en arrière-plan.

Réagir rapidement sans perdre de temps

La disparition d’une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer ou d’un trouble apparenté doit être prise au sérieux, même si elle s’est déjà égarée par le passé et a été retrouvée rapidement. La désorientation peut évoluer en quelques minutes : la personne peut ne plus reconnaître son environnement, oublier son adresse ou être incapable d’expliquer où elle souhaite aller. Elle peut aussi continuer à marcher jusqu’à l’épuisement, traverser une route sans mesurer le danger ou se mettre à l’abri dans un lieu difficile à repérer.

Il ne faut pas attendre le retour spontané du proche ni l’écoulement d’un délai minimum avant de signaler sa disparition. En France, une disparition jugée inquiétante peut être signalée immédiatement à la police ou à la gendarmerie. L’appel au 17 permet de demander une intervention urgente. Le 112 est également accessible en cas d’urgence dans l’Union européenne. Les personnes sourdes ou malentendantes peuvent utiliser le 114 selon les modalités prévues pour ce service.

Si la personne est retrouvée blessée, très faible, confuse dans un contexte inhabituel ou exposée à un danger médical, le 15 ou le 112 peut être contacté. La priorité est de transmettre une information précise aux secours et aux forces de l’ordre, sans retarder l’alerte par une recherche familiale désorganisée.

Les premières actions dans les minutes qui suivent

Une organisation simple aide à agir malgré le stress. Une personne peut appeler les forces de l’ordre pendant qu’une autre vérifie les lieux immédiats, à condition de ne pas retarder le signalement. Les actions suivantes sont généralement utiles :
  1. Vérifier rapidement le domicile et ses abords : pièces, cave, jardin, garage, local à poubelles, cour, cage d’escalier, ascenseur et véhicule. Une personne désorientée peut se trouver très près, dans un endroit où elle n’est pas visible depuis la rue.
  2. Noter l’heure de la dernière observation certaine : indiquez qui a vu le proche, où, dans quelle tenue et dans quel état. Ne remplacez pas un fait par une supposition.
  3. Appeler le 17 ou le 112 : précisez immédiatement qu’il s’agit d’une personne vulnérable atteinte de troubles cognitifs et qu’une disparition est en cours.
  4. Préparer une photographie récente : une image nette du visage et de la silhouette peut être transmise aux enquêteurs. Une photographie ancienne ou très retouchée est moins utile.
  5. Désigner un interlocuteur familial : une seule personne centralise les appels, note les horaires et transmet les nouvelles. Cela limite les informations contradictoires.
  6. Ne pas partir seul dans une recherche longue : les proches doivent rester joignables, conserver leur téléphone chargé et suivre les consignes données par les professionnels.
Si la disparition est constatée dans un établissement, une résidence ou un service d’accueil, prévenez immédiatement le personnel responsable tout en demandant que l’alerte soit donnée sans délai. La recherche interne ne doit pas se substituer au signalement aux forces de l’ordre lorsque la personne est vulnérable.

Les informations à communiquer aux policiers ou aux gendarmes

Les professionnels ont besoin d’éléments concrets, même si certaines informations paraissent secondaires. Une personne atteinte d’Alzheimer peut se diriger vers un endroit associé à son passé plutôt que vers son domicile actuel. Elle peut aussi chercher un commerce, une ancienne adresse, une gare, un lieu de travail ou un logement où elle a vécu plusieurs décennies auparavant.

Préparez, si possible, les renseignements suivants :
  • nom, prénom, âge et date de naissance ;
  • description physique, taille approximative, corpulence, couleur et longueur des cheveux ;
  • vêtements, chaussures, manteau, sac, lunettes, appareil auditif ou couvre-chef portés au moment de la disparition ;
  • photographie récente et, si nécessaire, photographie de profil ;
  • heure et lieu de la dernière observation ;
  • direction prise, moyen de déplacement possible et habitudes connues ;
  • ancienne adresse, lieu de naissance, métier exercé, proches ou endroits familiers ;
  • moyens de paiement, téléphone, carte de transport ou clés éventuellement emportés ;
  • traitements importants, problèmes de santé, troubles de la marche ou risques particuliers ;
  • langue parlée, difficultés d’expression et manière habituelle de répondre à une personne inconnue.
Expliquez aussi ce qui peut déclencher l’errance : une dispute, un changement de repères, une envie de rentrer chez soi, une recherche de toilette, une douleur, la faim, le bruit ou l’impression de devoir accomplir une tâche. Il ne s’agit pas de désigner une cause avec certitude, mais de fournir des pistes de recherche.

Organiser les recherches sans augmenter les risques

Les forces de l’ordre évaluent la situation et peuvent orienter les recherches selon la vulnérabilité, la météo, l’âge, le terrain et les habitudes de déplacement. Les proches peuvent apporter une aide utile, mais ils doivent éviter de multiplier les initiatives non coordonnées.

Une recherche familiale peut commencer autour des points probables : trajet habituel, arrêt de bus, gare, boulangerie, pharmacie, parc, lieu de promenade, ancien domicile ou adresse d’un proche. Il faut également penser aux endroits où la personne pourrait s’asseoir, attendre ou chercher à entrer. La marche n’est pas toujours continue : une personne peut emprunter un transport, s’arrêter dans un hall ou demander son chemin sans parvenir à donner son adresse.

Pour rester efficace :
  • indiquez aux enquêteurs les zones déjà vérifiées, avec l’heure de passage ;
  • ne déplacez pas les objets personnels ou ne rangez pas la chambre avant d’avoir reçu les consignes utiles ;
  • gardez accessibles le téléphone de la personne, ses papiers et les informations médicales ;
  • ne diffusez pas une adresse privée ou des informations de santé détaillées sur les réseaux sociaux ;
  • si une annonce publique est envisagée, faites-la relire et valider avec les professionnels afin de protéger la personne.
En Seine-et-Marne, les environnements de recherche peuvent être très différents selon le secteur : zone urbaine, village, forêt, chemins agricoles, bords de cours d’eau, routes départementales ou gares. Cette diversité rend la description du dernier lieu connu particulièrement importante. Mentionnez le type de terrain et les accès possibles, sans vous limiter au quartier où la personne a été vue.

Que faire lorsque le proche est retrouvé ?

La personne retrouvée peut être anxieuse, honteuse, irritée ou incapable d’expliquer son parcours. Une réaction vive, des reproches ou un interrogatoire insistant risquent d’augmenter son agitation. Approchez-vous calmement, présentez-vous si nécessaire, utilisez des phrases courtes et proposez une action immédiate : boire, s’asseoir, se couvrir ou rentrer dans un lieu calme.

Évitez les questions répétées comme « pourquoi es-tu parti ? » ou « tu savais pourtant où tu habites ? ». Les troubles de mémoire ne relèvent pas d’un choix volontaire. Préférez des formulations qui orientent sans mettre en échec : « Vous avez dû avoir froid, allons nous asseoir » ou « Nous allons rentrer tranquillement ». Si la personne semble blessée, très fatiguée, déshydratée, en hypothermie ou inhabituellement somnolente, demandez une évaluation médicale.

Prévenez les services mobilisés que la personne a été retrouvée, même si elle est revenue seule. Notez ensuite les circonstances : heure du retour, lieu, vêtements, trajet supposé, comportement observé, facteur déclenchant possible et éventuel problème de santé. Ce relevé n’a pas pour but de contrôler la personne. Il aide à repérer un schéma et à améliorer la prévention.

Comprendre l’errance et la fugue dans la maladie d’Alzheimer

Les mots « fugue » et « errance » sont souvent employés pour désigner une sortie imprévue ou des déplacements sans destination clairement identifiable. Ils ne décrivent pas toujours une intention de partir. La personne peut croire qu’elle doit aller travailler, rejoindre un parent, chercher un enfant, rentrer dans une maison ancienne ou accomplir une tâche habituelle. Elle peut également marcher parce qu’elle est anxieuse, s’ennuie, cherche les toilettes ou ne reconnaît plus le lieu où elle se trouve.

Les troubles de l’orientation, de la mémoire récente et du jugement modifient la perception du danger. Une personne peut connaître parfaitement une rue autrefois familière et ne plus réussir à retrouver son logement actuel. Elle peut savoir son prénom mais être incapable de donner son adresse. Elle peut aussi minimiser le froid, la circulation ou la fatigue.

Il est utile d’observer sans interpréter trop vite :
  • à quels moments les départs surviennent-ils ?
  • quels changements ont précédé l’épisode ?
  • la personne recherche-t-elle un lieu, une activité ou quelqu’un ?
  • y a-t-il une douleur, une constipation, une infection, un besoin d’uriner ou un effet indésirable médicamenteux ?
  • la sortie survient-elle après une sieste, en fin de journée ou lors d’un changement d’équipe ?
Un comportement nouveau, brutal ou nettement aggravé mérite un avis médical. Une cause somatique ou médicamenteuse peut parfois contribuer à l’agitation ou à la désorientation.

Prévenir une nouvelle disparition au quotidien

La prévention doit combiner aménagement, observation et respect de la dignité. Une mesure isolée ne garantit pas qu’une personne ne sortira pas. L’objectif est de réduire les situations à risque, de rendre l’identification plus rapide et de conserver autant que possible une liberté de mouvement adaptée aux capacités de la personne.

À domicile, examinez les circonstances des sorties :
  • placez près de la porte un repère visuel simple, sans multiplier les affiches anxiogènes ;
  • sécurisez les accès dangereux et vérifiez le fonctionnement des alarmes ou détecteurs de porte ;
  • conservez une photographie récente et une fiche de renseignements facilement accessible ;
  • proposez des activités régulières, une marche accompagnée ou une tâche familière ;
  • vérifiez que la personne porte des vêtements adaptés à la saison et des chaussures stables ;
  • informez discrètement quelques voisins de confiance, avec l’accord de la personne lorsque cela reste possible ;
  • repérez les itinéraires et les lieux que la personne fréquentait auparavant.
Un bracelet, une carte dans un vêtement ou une médaille d’identification peut faciliter le contact avec la famille. Les dispositifs de géolocalisation doivent être choisis avec prudence : autonomie de la batterie, couverture réseau, coût, facilité d’utilisation et protection des données sont à examiner. Leur usage ne dispense jamais de l’alerte aux forces de l’ordre. La question du consentement, de la capacité de décision et de la proportionnalité du dispositif peut être abordée avec le médecin et les proches concernés.

Repères pratiques selon la situation

Le tableau suivant résume les premières orientations. Il ne remplace pas l’évaluation des professionnels, qui dépend de l’état de santé et du contexte.
SituationAction prioritaireInformations utiles
La personne est absente et sa destination est inconnueAppeler immédiatement le 17 ou le 112 et signaler la vulnérabilité cognitiveDernière heure et dernier lieu connus, photo, tenue, habitudes, traitements
La personne est exposée à un danger immédiatAppeler le 17, le 112 ou le 15 selon le risqueCirculation, eau, froid, chaleur, blessure, épuisement ou danger médical
La personne est retrouvée mais semble mal en pointLa mettre en sécurité et demander un avis médicalÉtat de conscience, chute éventuelle, durée d’absence, prise de médicaments
La personne revient sans symptôme apparentPrévenir les intervenants mobilisés et noter les circonstancesTrajet supposé, déclencheur, horaire, besoins repérés
Le médecin traitant peut aider à rechercher une cause médicale, à réévaluer les traitements et à conseiller la famille. Une consultation spécialisée peut également permettre de revoir l’environnement, les activités et les mesures de sécurité. Il est préférable d’anticiper ces échanges avant une nouvelle crise, en conservant une fiche actualisée.

Les erreurs fréquentes à éviter

Certaines réactions sont compréhensibles mais peuvent retarder les secours ou aggraver la situation. Attendre plusieurs heures parce que la personne est déjà revenue auparavant peut faire perdre un temps précieux. Penser qu’elle ne peut pas aller loin est également trompeur : la marche, un véhicule ou les transports peuvent élargir rapidement le périmètre.

Évitez aussi de rechercher uniquement les lieux que vous considérez comme logiques. La personne peut se diriger vers une adresse ancienne, un lieu professionnel abandonné ou un itinéraire associé à une routine passée. Ne supposez pas non plus qu’elle répondra à son téléphone ou reconnaîtra les proches venus la chercher.

Enfin, ne transformez pas la prévention en confrontation permanente. Les portes verrouillées, les alarmes et les dispositifs de repérage doivent être évalués au regard des risques réels, de la liberté de la personne et de la réglementation applicable. Une mesure qui provoque peur, enfermement ou conflits répétés peut être contre-productive. L’avis de professionnels de santé, de travailleurs sociaux ou d’équipes spécialisées peut aider à rechercher un équilibre.

FAQ : disparition et errance liées à Alzheimer

Faut-il attendre vingt-quatre heures avant de signaler une disparition ?

Non. Il n’existe pas de délai général imposant d’attendre vingt-quatre heures. Une personne atteinte de troubles cognitifs est vulnérable : appelez rapidement le 17 ou le 112 et décrivez les circonstances avec précision.

Que dire si mon proche ne sait plus donner son nom ou son adresse ?

Transmettez aux forces de l’ordre une photographie, la tenue portée, les signes distinctifs, les lieux familiers et les informations médicales utiles. Une carte d’identification ou un bracelet peut faciliter la reconnaissance, mais son absence ne doit pas retarder l’alerte.

Dois-je publier une photo sur les réseaux sociaux ?

Pas systématiquement. Une diffusion publique peut exposer la personne à des risques et divulguer des données de santé ou une adresse. Demandez d’abord conseil aux forces de l’ordre et limitez les informations à ce qui est nécessaire.

Comment parler au proche après son retour ?

Accueillez-le avec calme, proposez de boire et de se reposer, puis vérifiez son état physique. Évitez les reproches et les questions qui testent sa mémoire. Notez les faits observables et prenez rendez-vous avec un professionnel si l’épisode est nouveau ou se répète.

Une alarme de porte suffit-elle à prévenir les sorties ?

Non. Elle peut alerter un aidant, mais elle ne remplace ni l’accompagnement, ni l’analyse des causes, ni une fiche d’identification, ni l’appel aux secours en cas de disparition. Son fonctionnement doit être vérifié régulièrement et son usage adapté à la situation de la personne.

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